DANS LES LAGONS

2022 
Formats variés
On dit que pour devenir, on se la raconte, que le récit et l’image nous constituent autant que la matière. On dit que nos histoires et nos incarnations, comme les lagons où se mêlent l’eau douce et l’eau salée, loin d’être monolithiques, prennent des allures polymorphes.

J’ai commencé la photographie par la pratique de l’autoportrait, il y a douze ans — j’en ai 27. Et je suis entré·e dans l’âge adulte avec. On dit que j’ai l’image dans la peau. Je dis que je suis les figures – plurielles – que j’ai incarnées dans mes images, que je suis ciel que je deviens à travers et ce qu’elles deviennent à travers moi. Je dis que je me pollinise… Car comme le végétal se bouture, se sème, se marcotte, se greffe, le devenir est un engendrement, une hybridation, un jardinage, une métamorphose constante.

Alors, dans le noir, je raconte ma contre-histoire, des bourgeons sortant de la bouche. Je viens habiter un jardin en robe de nuit : je me laisse hanter par tous les récits, tous les désirs, dans lesquels je m’enracine, je fais résonner le rire de la mise en scène et son jeu par lequel je me compose. Je fais croître le trouble, liquide : je fais des autoportraits sans visage, j’interroge les frontières du genre et son spectre, ce que ça veut dire de donner corps à des images, telle une longue performance — une longue transe. J’imagine des espaces de proliférations, fluides, où l’organique se déploie, se transmute à la lumière du flash et s’hybride à mon corps à l’ouvrage. Je viens hanter mes propres images, ou je me laisse hanter par elles. Dans les lagons nous parle de ces espaces troubles où nous avons la joie, la place – lumière face au visage, visage face au diaphragme – de nous rêver, de nous métamorphoser, de nous déployer, d’exister, multiples.




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Polymorphe
Ciel !
Je mets mon corps à l’ouvrage

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